#5 Enfants du Chaos et de l’Anarchie


Femme endormie près d'un rat

  • Préliminaires : Cet article est fortement inspiré de l’ouvrage Face à Gaïa de Bruno LATOUR, sociologue, anthropologue, et philosophe des sciences. Ce n’est qu’une version Pop, façon "Digest" et toute personnelle de ses réflexions et recherches sur le changement climatique en cours.

Nous, espèce supérieure autoproclamée de ce monde.

Nous qui nous pensions tout en haut de la chaîne alimentaire, au sommet de la pyramide des êtres vivants. Nous, les enfants gâtés du Grand Créateur. Les Rois de la domination, les maîtres de l’appropriation, de l’exploitation de toutes les richesses de cette Terre, plutôt généreuse et bien docile depuis notre connaissance approfondie des lois de la nature. Nous, les acteurs principaux de la vie et de notre destin au sein d’un environnement stable et vivable. Ca c’était nous, au temps d’avant.

Car depuis peu, le décor de notre remarquable existence se met à trembler, tousser, il éternue et pleure en pluies diluviennes … Aurions-nous réveillé Gaïa ? Notre planète serait-elle vivante, sensible, et capable de changer sans notre volonté, contre nos décisions, en dépit de nos règles du jeu ? En appliquant la loi ancestrale du plus fort à ceux qui se pensaient gérants proprios de la baraque, Gaïa serait-elle entrain de nous rétrograder illico presto au statut de locataires nuisibles à éradiquer ? Nous rabaisser au rang de simples occupants aux titres de propriété made in Monopoly à expulser ?

Parce qu’avec tous nos petits actes anodins, banals, répétés, amplifiés, démultipliés plus nos catastrophes (oups, pardon !) engendrés par nos méthodes d’apprenti sorcier, on a réussi à modifier l’équilibre assez fragile des conditions de vie favorables aux êtres vivants de l’Holocène. Chaque génération, chaque progrès, chaque croyance, chaque vision a contribué sans le savoir à une modification en accélérée de notre temps géologique. Avec nos gros souliers, on a laissé d’innombrables traces, empreintes dans les sols, les océans, les forêts et les airs en se foutant pas mal des conséquences car rappelons-nous, c’était nous les Léviathans de la Vanité ! Mais la loi du plus fort c’est sympa pour jouer seulement si c’est nous les plus forts, sinon, c’est nettement moins drôle. (Ouinnn Ouinnn, maman je veux plus jouer / Ben oui mais c’est trop tard, va falloir te démerder tout seul).

La puissance de frappe révolutionnaire de la « Victime » de ce viol à grande échelle est bien supérieure à celle de tous les homos sapiens réunis. Dans l’écosystème du vivant, il n’y a pas d’autorité centrale, pas de fonctions prédéterminées, ni de volonté suprême. Ce ne sont que les interconnexions perpétuelles qui créent et font évoluer les agents humains et non-humains. L’inaction actuelle est sans doute due à la sidération éprouvée par l’énormité de ce que nous avons déclenché : Un nouveau régime écologique.

Pour la première fois de notre histoire, nous sommes en guerre mais cette fois-ci, sans déclaration officielle, sans vraiment savoir contre qui ? Pourquoi ? Pour quelle cause ? Quels nouveaux territoires sont à dessiner ? Quels intérêts sont à défendre ?

Nous subirons la Révolution Ecologique comme la nouvelle trajectoire de notre vaisseau spatial issue du chaos et du bordel des milliards de particules de l’air, du feu, de l’eau, et de la terre en mutation totale suite aux actions anarchiques des Terriens. De toute façon, avec Gaïa, il ne peut y avoir de négociations, ni de traité de paix … Son territoire est global, son tempo infini au regard du nôtre, et ses agents sont partout. L’impuissance des Etats Nations, des Organisations internationales, des groupes industriels, des lobbyistes, provient sans doute d’une sous représentation de fait des parties en guerre. Tous ces groupes datent de l’Holocène et défendent tous les mêmes intérêts du genre humain « qui se croyait encore supérieur ». Ils n’ont pas l’ennemi en face d’eux puisqu’il n’a pas de représentants. Il y a urgence à faire sortir de l’ombre tous les combattants et mettre ainsi cartes sur table. Les délégués des Nations Villes, ONG, Peuples Indigènes, Forêts, Océans, Atmosphère, Sols, Arctique, Faune… sont appelés à rejoindre le champ de bataille. Car les Humains qui vivent à l’époque de l’Holocène sont en conflit avec les Terrestres de l’Anthropocène. La Nouvelle Inquisition est désormais économique plus que religieuse, quoiqu’il est remarquable de constater le culte aveugle voué à la croissance ainsi que les lois universelles opposables à tous du Dieu Marché.

Avec Galilée, le grand pas pour l’humanité a été de découvrir que la Terre avait un mouvement. Aujourd’hui nous découvrons avec effarement que la Terre a un comportement (des climats, des réactions). Elle n’était pas le simple théâtre de notre show business, mais la diva endormie que notre ramdam cacophonique à réveiller. Et il va bien falloir faire avec, car aucun de nous ne peut refuser l’héritage d’Homo Economicus. Aucun rat ne quittera le vaisseau Enterprise.

Bienvenue dans l’Anthropocène.


Paris, 12 décembre 2019.

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